Le PV de recette : à quoi il sert, que doit-il contenir
Le procès-verbal de recette (PV de recette) est le document qui clôt la recette d'un site ou d'une application. Il acte, par écrit et signé, la décision du client sur ce qui lui a été livré. Pour une agence web, c'est souvent la pièce qui débloque le paiement du solde et qui fixe ce qui reste à corriger. Encore faut-il qu'il soit rédigé de manière à servir en cas de désaccord.
À quoi sert un PV de recette
Constater la conformité à une date donnée
Le PV atteste qu'à une date précise, une version précise du site a été vérifiée et jugée conforme (ou non) aux critères convenus. C'est l'aboutissement des tests d'acceptation décrits dans notre article sur la recette d'un site web.
Déclencher les effets prévus au contrat
Ce que la signature déclenche dépend de votre contrat, pas du document lui-même. En pratique, les contrats d'agence y rattachent souvent :
- l'exigibilité du solde ou d'une échéance de paiement ;
- le point de départ d'une période de garantie ou de maintenance corrective ;
- la mise en production ;
- le passage d'une demande de correction (incluse) à une demande d'évolution (facturable).
Si votre contrat ne dit rien de tout cela, le PV perd une grande partie de son utilité. Faites relire ces clauses par un juriste : c'est le contrat qui donne sa portée au PV.
Tracer les réserves
Un défaut constaté mais non bloquant peut être accepté sous réserve de correction. Le PV fige alors la liste de ces réserves : ce qui y figure doit être corrigé, ce qui n'y figure pas relève a priori d'une nouvelle demande. C'est la meilleure protection contre les listes de retouches qui s'allongent après la livraison.
Les décisions possibles
Un PV de recette conclut en général par l'une de ces décisions :
- acceptation sans réserve : le livrable est conforme ;
- acceptation avec réserves : le livrable est utilisable, des défauts listés seront corrigés dans un délai donné ;
- refus (ou ajournement) : le livrable n'est pas acceptable en l'état, les motifs sont indiqués et une nouvelle recette est programmée.
Dans les marchés publics informatiques, le cahier des clauses administratives générales applicable (CCAG-TIC, approuvé par l'arrêté du 30 mars 2021) organise ces décisions de façon détaillée. Son article 34 distingue quatre issues : admission, ajournement, réfaction (admission avec réduction de prix proportionnelle aux imperfections) et rejet. Son article 33 encadre les délais de décision ; par exemple, après la vérification de service régulier, si l'acheteur ne notifie pas sa décision dans le délai de sept jours prévu, les prestations sont réputées admises. Si vous travaillez pour un acheteur public, vérifiez si le marché renvoie au CCAG-TIC et s'il y déroge.
En dehors des marchés publics, rien de tel ne s'applique par défaut : c'est à votre contrat de prévoir les délais de recette et les conséquences d'un silence du client.
Ce que doit contenir un PV de recette
Identification
- les parties (agence, client) et les signataires, avec leur fonction ;
- la référence du contrat, du devis ou du bon de commande ;
- le nom du projet.
Périmètre et version
- l'environnement recetté (URL de préproduction ou de production) ;
- la version ou la date de déploiement testée ;
- les lots ou fonctionnalités concernés, surtout si la recette est partielle.
Un PV qui ne précise pas la version validée laisse la porte ouverte à « ce n'était pas ce site-là ».
Référentiel et résultats des tests
- le cahier de recette utilisé (en annexe ou par référence) ;
- le nombre de scénarios exécutés, conformes, non conformes, non testés ;
- les dates de la campagne de recette.
Réserves
Pour chaque réserve : une description factuelle, sa gravité selon la grille convenue, une preuve (capture, étapes de reproduction) et le délai de correction. Évitez les formulations vagues comme « quelques ajustements graphiques » : elles ne permettent pas de savoir quand la réserve est levée.
Décision et signatures
- la décision retenue (acceptation, acceptation avec réserves, refus) ;
- la date ;
- la signature des deux parties, manuscrite ou électronique.
Annexes utiles
Le rapport de tests, les captures d'écran des anomalies, et le cas échéant le résultat des contrôles d'accessibilité. Sur ce dernier point, voir notre article sur le RGAA avant livraison.
Les erreurs fréquentes
- Signer sans tester. Un client pressé signe, puis découvre un défaut deux semaines plus tard. Le PV ne protège que s'il reflète une recette réelle : joignez la preuve des tests.
- Ne pas lever les réserves. Prévoyez un second document, ou une mise à jour du PV, qui constate la correction de chaque réserve. Sans cela, le projet reste ouvert indéfiniment.
- Confondre réserve et évolution. Une réserve porte sur un écart par rapport à ce qui était commandé. Une demande nouvelle n'est pas une réserve, même formulée au moment de la recette.
- Oublier le délai de réponse. Si le contrat ne fixe pas de délai au client pour réaliser sa recette, celle-ci peut durer des semaines. Fixez un délai et ce qui se passe à son expiration.
Intégrer le PV au contrat dès le départ
Le PV se prépare au moment du devis. Trois clauses facilitent tout le reste :
- les critères d'acceptation de chaque fonctionnalité ;
- la grille de gravité des anomalies et la règle qui en découle (par exemple : pas de signature tant qu'une anomalie bloquante subsiste) ;
- le calendrier : durée de la recette client, délai de correction des réserves, conséquence d'une absence de réponse.
Joignez un modèle de PV au contrat : le client sait dès le premier jour ce qu'il signera à la fin.
Conclusion
Un PV de recette utile identifie précisément la version testée, s'appuie sur des résultats de tests prouvés, liste des réserves vérifiables et produit des effets que le contrat a prévus. Ce n'est pas une formalité de fin de projet, c'est la trace de ce qui a été livré.
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